EDDY MITCHELL « Come back »

Mustang cabré, stetson levé. Le genre d’image, avec cactus et canyon de rigueur, qu’on voit à la fin des westerns, juste avant que le héros solitaire ne s’éloigne dans la plaine sur fond de soleil couchant. Si Eddy Mitchell, grand amateur cinéphile devant l’Eternel, a choisi cet hollywoodien cliché pour illustrer la pochette de son nouvel album, c’est surtout pour rendre un hommage reconnaissant à Hopalong Cassidy ou au Lone Ranger, les cowboys qui ont enchanté son enfance. Un salut en forme de clin d’œil. Car si M. Eddy tire ainsi sa révérence, il n’a pas pour autant l’intention de nous fausser compagnie. La preuve, ce nouvel opus intitulé « Come back », une sorte de retour en avant, plus caracolant que jamais, avec tous les ingrédients qui ont forgé sa légende, nostalgie, tendresse, humour et rock’n’roll.

Dans le nouveau disque d’Eddy (le 34ème album studio, sans compter les Chaussettes Noires), on croise des chevaux sauvages dans les embouteillages, un chasseur de tête qui cherche sa moitié, un paparazzi en quête de scoop, un chanteur vintage mais recyclable, une fashion victim en pleine crise et même des jeunes filles qui jouent à chat perché sur la plage. Y’a du blues et des ballades, du boogie et des aubades, des guitares qui grattent et des pianos qui honky tonkent, du bon temps qui roule et des mélodies qui cavalent, bref, y’a tout Eddy, tout est dit.

Esprit rock’n’roll donc, comme l’annonce clairement le titre d’une des chansons. Mais aussi besoin d’évasion, de grands espaces et de plaines à perte de vue, d’autres envies, d’une autre vie.  Ce que résume parfaitement « L’esprit grande prairie », l’un des morceaux phares de l’album, signé de nouveaux venus, pour la première fois à l’écran des productions mitchelliennes, Alain Souchon et Laurent Voulzy : le couple « Souchy et Voulzon », comme l’a baptisé affectueusement Eddy, lui a ciselé sur mesure une magnifique chanson « autobiographique », le portrait émouvant d’un gamin de Belleville qu’on surnommait P’tit Claude et qui rêvait de s’envoler loin, loin, loin…

Dans ce « Come back » malicieux, il y a bien sûr quelques flashs back nostalgiques : souvenirs d’une époque dorée où « l’avenir semblait docile » (« Avoir 16 ans aujourd’hui »), le temps des vacances collectives au Crotoy sans « baignade après déjeuner » (« Mes colonies de vacances »), où Dean Martin jouait dans « Rio Bravo » et où tout le monde chantait « Blue Moon » (« Ca ressemble à du blues »).  Du rire aussi, comme dans cette « Garde à vue », qu’on pourrait croire vécue tant elle est bien vue. Ou « Je suis vintage », moquerie d’une expression à la mode dont on affuble aujourd’hui tout et n’importe quoi, jeans, baskets ou blousons... sans doute une façon de « Surmonter la crise »…

En chroniqueur à la plume acérée, l’auteur Claude Moine n’oublie pas non plus de croquer quelques travers contemporains, comme dans « Tu fermes les yeux sur tout», évocation apitoyée de la presse people, ou « Un garçon facile », portrait cruel d’un chasseur de têtes engagé par des entreprises pour licencier les employés, une chanson dans la lignée de « Il ne rentre pas ce soir ». Et surtout « Pas besoin de ça », diatribe contre le racisme, l’intolérance et le rejet de la différence, sujet qui n’a jamais été autant d’actualité…

Un disque enregistré entre Los Angeles et Paris, Glenwood Place et Guillaume Tell, avec la fidèle complicité de Pierre Papadiamandis, l’alter égal harmonique, et du pianiste et compositeur Michel Amsellem. Le tout sous la houlette de Jay Newland, ingénieur du son au pedigree impressionnant (de Buddy Guy à Norah Jones, en passant par Paul Simon, Stevie Wonder ou Keith Jarrett), et déjà présent sur le dernier album d’Eddy. Quant aux musiciens, outre les incontournables frenchies Basile Leroux, Jean-Yves d’Angelo, Hervé Brault ou Loïc Pontieux, on notera la présence de pointures yankees comme le guitariste Larry Campbell (Bob Dylan) ou le claviériste Brad Cole (Supertramp, Phil Collins). Un casting de choix pour un disque classieux.

Un  an après « Grand écran », l’album de reprises de musiques de films, Eddy Mitchell revient donc avec ce « Come back » inédit, également titre d’une chanson dans laquelle l’artiste remercie le public qui l’a accompagné depuis tant d’années dans ses multiples aventures. Des aventures qu’il compte bien poursuivre en studio, à défaut de continuer en tournée. La prochaine, qui démarre  à Paris le 18 octobre prochain et devrait durer jusqu’en septembre 2011, sera, on le sait, l’ultime salut scénique du créateur de « La dernière séance ». Une façon de nous dire au revoir, mais pas adieu. Mustang cabré, stetson levé. Et nous, chapeau bas.

Site officielwww.eddymitchell.net

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